Choisir ses textiles ecoresponsables #1 – leur composition

Depuis aussi longtemps que je me souvienne je fais de la couture. Mes premières réalisations furent, je pense, des mouchoirs en tissus, réalisés sur la machine à pédale de ma maman, même pas électrique ! Depuis j’ai réalisé de nombreuses confections, robes, jupes, pantalons … et même le trousseau de naissance de mon fils, sans oubliés quelques déguisements. Jusqu’à il y a peu d’années je ne réfléchissais pas à l’origine de mes tissus ou leurs compositions. Je les achetais car la couleur, l’imprimé ou la tenue me plaisait.

Depuis j’ai pris conscience de leur impact et j’ai beaucoup de mal à acheter un tissu sans en connaître un certain nombre d’informations sur sa fabrication. Je vous propose donc de vous partager en 2 articles mes critères de choix des textiles en commençant par leur composition.

Pour faire un textile il faut un fil qui sera tissé ou tricoté. Ce fil est fabriqué à partir de matières naturelles fibreuses qui seront filées pour former le fil ( les fibres sont enroulées les unes contre les autres et étirées pour former le fil) ou à partir d’une matières artificielles extrudées.

La composition des textiles est extrêmement diverse mais on peut les regrouper en 3 grandes catégories.

Les textiles synthétiques

Nous y trouvons un grand nombre de matières : en tête de liste les polyesters, les acétates, les fibres acryliques, polyamides, élasthanne … Ils ont autant de propriétés, qu’il y a de nom … Le seul point commun, ces fibres proviennent essentiellement de polymères plastiques et donc fabriquées à base d’hydrocarbure.

Leur avantage est le coût faible de production. Ce qui en fait le type de fibres le plus largement répandu. Leurs inconvénients, vous les connaissez, ces fibres de part leur origine pétrolière participe au réchauffement climatique, leur mode de production génère des pollutions, jusque dans nos machines à laver. En effet, ces fibres, de part leur taille, passent tous les filtres (de nos machines, des stations de traitement des eaux usées…) et se retrouvent dans l’environnement.

Personnellement, je déteste l’acrylique qui me fait hérisser les poils (au sens propre comme au sens figuré). Je me sens « mal » dans un vêtement contenant de l’acrylique ce qui m’oblige à scruter les étiquettes (même pour mes achats d’occas) pour en trouver moins de 50% dans le tissus. Et c’est vraiment pas évident !

 

Les microfibres, micropolaires font parties de cette famille. Ce sont des fibres très intéressantes de part leur propriétés d’absorption. On les retrouve souvent dans des produits réutilisables comme les chiffonnettes ou les couches lavables. Elles restent cependant des fibres d’origine synthétiques.

Les textiles artificielles (à partir de matières naturelles)

Les fibres artificielles sont fabriquées à partir de matières naturelles, en général, la cellulose. La cellulose est le principal composé des cellules végétales. On le trouve donc dans le bois, les tiges de plantes … Malheureusement cette cellulose ne peut pas être tissée en l’état et doit subir une transformation. Quelque soit la fibre obtenue, la cellulose est dissoute pour former une pâte qui sera ensuite extrudée pour former le fil.

La viscose

La première fibre fabriquée ainsi est la viscose, appelée aussi rayonne ou soie artificielle. Elle est fabriquée aujourd’hui à partir de pâte à bois. C’est également le cas de la viscose de bambou.

Pour fabriqué donc une viscose, la cellulose est d’abord hydrolysée (coupée) dans un bain de d’hydroxyde de soude (de la soude caustique), puis elle est rendu soluble en lui ajoutant du disulfure de carbone (CS2). La pâte est ensuite filée (extrudée) dans un bain d’acide sulfurique. Ce procédé est donc polluant (soufre et soude caustique).

le tencel

Cette fibre est plus récente et tente de répondre aux inconvénients environnementaux de la viscose. Elle est fabriquée à partir de bois d’eucalyptus. La cellulose est extraite et rendu soluble dans un solvant, le  N-Methylmorpholine-N-Oxide (NMMO), puis elle est filée dans un bain d’eau. Alors je ne suis pas chimiste, même si je m’y intéresse. Je ne connais donc pas l’impact du  N-Methylmorpholine-N-Oxide (NMMO). Cependant dans les différents sites que j’ai consulté ce solvant n’est pas présenté comme étant polluant. Il peut même être régénéré et réutilisé lors d’une nouvelle production. L’un des avantages de ce procédé est que le tencel reste biodégradable, ce qui n’est pas le cas de la viscose. L’autre est qu’il est bien moins polluant que celui-ci.

Ce qui me questionne dans cette matière (et je n’ai pas encore la réponse) : lorsque j’ai fait mes études en biologie, il y a quelques paires d’années, l’eucalyptus n’était pas présenté comme une culture vertueuse. L’eucalyptus tend à acidifier le sol, à l’appauvrir et brûle très bien (ce qui peut présenter de gros inconvénients en cas de vaste monoculture). On m’avait appris qu’en faite, rien ne poussait après une culture d’eucalyptus. En préparant cet article j’ai fait quelques recherches sur le web et j’y ai lu également que l’eucalyptus pouvait également pousser sur des sols très dégradés, là où, d’autres arbres ne pourraient pas pousser. Alors … ?

Vous êtes curieux d’en savoir plus sur la fabrication de ces matières artificielles, je vous conseille ce cours article sur les fibres artificielles à usage textiles (mémoire de  Anne MICHUD et Blandine GIUSTINI).

 

Les textiles naturelles

 

d’origine animale

La soie

La soie est produite par le vers à soie, en fait, chenille du papillon Bombyx du mûrier. Comme tout papillon, il se développe en 4 étapes : l’œuf, la chenille, la chrysalide dans son cocon, le papillon. La soie est produite par la chenille pour former son cocon qui la protégera pendant sa métamorphose en papillon. Pour pouvoir être déroulé, le cocon fraîchement fabriqué sera ébouillanté/étouffé. Cet étape permet de dissoudre la colle fabriquée par la chenille pour coller le fil de soie et permettre la formation du cocon. Cette colle dissoute, la fileuse pourra tirer le fil et le dérouler comme une pelote. Pour cette étape de dévidage, la chrysalide ne doit pas être sortie du cocon car sinon elle l’aurait endommagé. Elle est donc tuée. Il en est de même pour la soie sauvage qui provient de cocon récolté dans la nature. Il existe de très rare soie dite non violente, faite à partir de cocons sauvages récoltés après la sortie du papillon.

Pour ma part, ce textile ne me semble pas indispensable, même si je l’avoue son toucher très doux me ravie. Son prix et ses conditions de culture font que je n’en achète pas.

La laine

Plus connue elle provient de la toison d’un animal, toison qui sera lavée, filée puis tissée ou tricotée. Là aussi, je pense qu’en fonction de ses convictions, il peut être intéressant de s’informer sur les conditions d’élevage.

 

d’origine végétale

le coton

Cette fibre provient de filaments entourant les graines de coton, enfin plus exactement les graines de cotonnier. Le cotonnier est un arbuste à fleurs. Après floraison les graines à maturité s’entoure d’un « cocon » de filaments fins d’environ 5cm de long. Ces filaments, dans la nature, permettent une meilleur dispersion des graines par le vent. L’homme a décidé de les ramasser et de les filer pour en faire une fibre naturelle et la plus largement rependue au monde.

Le cotonnier pour sa culture est exigent. Dans la nature il pousse dans des zones subtropicales. Il a donc besoin d’une forte pluviométrie pour croître suivi d’une période sèche pour une bonne maturation des graines (et donc des fibres). L’homme aura donc tendance à privilégier des zones plutôt sèches et pourra arroser largement.  De plus, cultivé en monoculture, cette plante est fragile et « nécessite » de nombreux traitements. Les pesticides se retrouvent alors dans les fibres de coton que nous portons.

A partir de la fibre de coton, on peut réaliser de nombreuses qualités de textiles. C’est la fibre naturelle que je trouve la plus polyvalent. Ce qui explique sa large présence dans nos dressing.

le lin

Le lin est une plante annuelle aux jolies fleurs bleues.

Il existe plusieurs variétés de lin et le lin cultivé pour la graine n’est pas le même que le lin cultivé pour la fibre. Cette plante peu exigeante pousse dans nos climats. La France est le premier producteur de lin textile au monde, sa culture étant majoritairement présente en Normandie et dans le nord de la France. La culture du lin n’a besoins d’aucun traitement seulement d’eau qui provient du ciel, la pluviométrie en France étant suffisante ;). La culture du lin textile et le traitement de la fibre nécessite une connaissance et un matériel spécifique. Il n’est par exemple pas possible de tissé du lin sur une métier à tisser le coton. Ceci en fait la spécificité du lin, mais aussi en explique le coût : peu de surfaces cultivées (par rapport au coton), peu de matières premières, peu de métiers à tisser adaptés, une main d’œuvre hautement qualifié, un savoir-faire unique, …

Le  seul inconvénient du lin est d’être une fibre lourde et je la trouve donc  moins polyvalente que le coton.

le chanvre

Le chanvre comme le lin est une plante ayant très peu d’exigence et est donc de ce fait très écologique. Sa culture a faillit disparaître de part le fait de la réglementation sur les stupéfiants. Et oui, le chanvre est du Cannabis sativa … la même plante que le cannabis. Pour être cultivé en Europe la variété de chanvre choisie doit contenir une dose très faible de THC, le principe actif du cannabis (moins de 0.2%). Il est alors appelé chanvre industriel, textile ou agricole. La culture du chanvre et sa transformation en fibre suit la même logique que le lin et donc nécessité autant de savoir-faire. A ce jour le chanvre a de nombreux débouchés : habitat (isolation), industrie, corderie et bien sur textile. Le premier producteur de chanvre au monde est la Chine. Malheureusement et selon l’association des acteurs du lin et du chanvre bio  » l’exploitation du chanvre pour le textile-habillement a complètement disparu en France ». Cependant la France est le premier producteur en Europe de chanvre industriel. Ce chanvre sert pour l’habitation, l’industrie et ses autres débouchés. La filière textile habillement est à remonter. Le chanvre textile vient pour la plupart de Chine. Quel dommage !

Il y a beaucoup d’autres fibres naturelles : le ramie, la jute, le raffia, la coco, … l’ortie me semble prometteuse car ne nécessite aucun traitement et pousse comme un chiendent (j’en sais quelques chose dans mon jardin !). Cependant elle reste encore très confidentielle et donc chère.

Conclusion

Comme on le voit il n’existe pas de fibre idéale : local, écologique et accessible financièrement ou tout simplement en quantité. Ma préférée est le lin : écologique, local, malheureusement un peu cher. Après mon choix se porte sur le coton : naturel et polyvalente. En le choisissant certifié bio, on réduit son impact écologique. Pour le coton, le mieux est comme pour tout, une consommation sans excès, en achetant que le strict nécessaire, en profitant du marché de l’occas’ . Dans de rare cas j’utilise des matières synthétiques et notamment pour les produits étanches pour les protèges-slip par exemple.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *